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Brigitte Bardot au cinéma : films cultes, tournages secrets et le choix radical d’arrêter en 1973


28 décembre 2025

Avant d’être une icône pop, un fantasme collectif ou un symbole de liberté, Brigitte Bardot fut un corps en mouvement dans le cinéma français. Une actrice instinctive, souvent à contre‑emploi, parfois dépassée par les films qu’elle portait. Entre 1952 et 1973, elle tourne plus de quarante longs métrages, impose une nouvelle présence à l’écran et quitte tout, brutalement, sans rappel.

Son cinéma commence presque par accident. Formée à la danse classique, Brigitte Bardot est repérée comme mannequin avant même de savoir ce que jouer veut dire. Ses premiers rôles sont légers, décoratifs. Puis arrive 1956.

Et Dieu… créa la femme n’est pas seulement un succès : c’est un séisme. Tourné à Saint‑Tropez, le film de Roger Vadim transforme Brigitte Bardot en phénomène mondial. La scène de danse improvisée, pieds nus, cheveux lâchés, n’était pas écrite. Elle résume pourtant tout : une actrice qui ne joue pas la liberté, elle la vit devant la caméra.

Contrairement à la légende, Bardot ne s’installe pas dans la facilité. Elle accepte d’être malmenée, parfois jusqu’à la rupture. Sur La Vérité d’Henri‑Georges Clouzot, le tournage est éprouvant. Clouzot exige des dizaines de prises, pousse l’actrice dans ses retranchements émotionnels. Bardot dira plus tard que ce film l’a marquée durablement. À l’écran, le résultat est sec, frontal, sans glamour. Une performance brute.

En 1963, elle devient Camille dans Le Mépris. Jean‑Luc Godard filme Bardot comme une énigme. Le célèbre prologue, souvent résumé à tort à une scène de nudité, est en réalité une concession imposée par les producteurs américains. Godard en fait un moment abstrait, presque théorique, où le corps devient surface de projection.

Sa filmographie est aussi traversée par des choix plus ludiques. Dans Viva Maria!, elle partage l’écran avec Jeanne Moreau. Le tournage, chaotique, se déroule dans une chaleur écrasante. malade, elle manque plusieurs jours de prises. Mais à l’écran, le duo fonctionne. Le film mélange aventure, comédie et politique avec une liberté rare pour l’époque.

Elle refuse pourtant Hollywood. Elle décline des propositions prestigieuses, dont certaines auraient prolongé sa carrière internationale. Brigitte Bardot préfère tourner en Europe, souvent par intuition, parfois par lassitude. À la fin des années soixante, elle enchaîne les films sans y croire vraiment.

En 1973, à trente‑neuf ans, elle arrête. Définitivement. Son dernier film, L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse‑chemise, passe presque inaperçu. Bardot s’en va sans éclat, sans rôle crépusculaire, sans nostalgie publique. Le cinéma continue sans elle. Son image, non.

Son héritage n’est pas une suite de performances académiques, mais une empreinte. Une façon d’être filmée qui continue d’irriguer le cinéma moderne.


Mini‑fiches films 

Et Dieu… créa la femme (1956)

Réalisation : Roger Vadim

Anecdote : La danse devenue mythique n’était pas prévue au scénario. Bardot improvise, Vadim laisse tourner. Le cinéma français bascule.

La Vérité (1960)

Réalisation : Henri‑Georges Clouzot

Anecdote : Certaines scènes ont nécessité plus de cinquante prises. Bardot sort du tournage épuisée, mais saluée par la critique.

Le Mépris (1963)

Réalisation : Jean‑Luc Godard

Anecdote : Le prologue est exigé par les producteurs américains. Godard le transforme en manifeste esthétique.

Viva Maria! (1965)

Réalisation : Louis Malle

Anecdote : Bardot et Moreau n’étaient pas censées s’entendre. Le film repose pourtant sur leur alchimie.

L’Ours et la Poupée (1970)

Réalisation : Michel Deville

Anecdote : Bardot accepte ce rôle pour sa légèreté. Le film devient un succès tardif, souvent redécouvert.

L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse‑chemise (1973)

Réalisation : Nina Companeez

Anecdote : Dernier film. Aucun communiqué. Aucun retour. Une porte qui se ferme sans bruit.