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Rencontre avec Thierry Jousse autour de L’enchantement Chahine by Flavie et Alexandre

21 janvier 2026
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À Viva Cinéma, la transmission ne se joue pas seulement à l’écran. Cette année, la Radio du Cinéma a choisi de passer exceptionnellement le micro aux étudiants en L3 Arts du spectacle Lettres Modernes de Valence. Une manière concrète d’inscrire le festival dans un dialogue entre générations, et de faire résonner la parole des jeunes cinéphiles au cœur d’un événement dédié à la mémoire vivante du cinéma.

Flavie Daronnat et Alexandre Mirabel, étudiants en troisième année, sont ainsi allés à la rencontre de Thierry Jousse, critique, réalisateur et commissaire de l’exposition L’enchantement Chahine, présentée au LUX dans le cadre du centenaire de Youssef Chahine. Une première interview, menée micro en main, dans un contexte professionnel mais bienveillant, où la curiosité étudiante trouve toute sa place.

Une première exposition, placée sous le signe de l’immersion

Pour Thierry Jousse, cette exposition marque une première expérience curatoriale dans le champ du cinéma. Invité par Catherine Rossi-Bateau, directrice du LUX, il évoque avec enthousiasme ce nouveau terrain de jeu :

« C’est la première fois qu’on me confie une exposition sur le cinéma. C’est quelque chose de nouveau pour moi. »

Pensée comme une immersion, L’enchantement Chahine s’articule principalement autour d’extraits de films – parfois rares – issus de la comédie musicale égyptienne. Loin d’un parcours strictement chronologique ou didactique, l’exposition invite le visiteur à entrer dans un monde sensible, fait de musique, de danse, de corps et de couleurs.

« C’est une sorte d’immersion dans ce monde de la comédie musicale égyptienne, un genre majeur qu’on connaît finalement assez mal en Europe. »

La musique comme clé d’entrée dans l’œuvre de Chahine

Très vite, la discussion glisse vers la place centrale de la musique, que les étudiants ont eux-mêmes remarquée dans la scénographie. Pour Thierry Jousse, ce choix n’est pas anodin : il correspond autant à sa sensibilité personnelle qu’à une volonté de rendre justice à l’univers de Chahine.

« Les images ne vont pas sans la musique, ni sans le son. Mon rapport au cinéma passe beaucoup par la musique. »

L’exposition joue ainsi sur une spatialisation sonore précise, alternant casques, dispositifs directionnels et zones d’écoute, afin de respecter cette alliance indissociable entre image et musique. Un parti pris assumé, qui privilégie l’expérience sensorielle tout en offrant, en filigrane, des repères historiques et pédagogiques.

Entre enchantement et transmission

Interrogé sur la réception du public, Thierry Jousse reste prudent :

« Vous êtes pratiquement les premiers à venir me parler. »

Mais il assume pleinement cette double ambition : proposer une exposition à la fois accessible, joyeuse, presque sensuelle, et suffisamment structurée pour permettre au public de situer l’œuvre de Chahine dans l’histoire du cinéma égyptien. Le documentaire Hollywood sur le Nil ou les éléments chronologiques viennent ainsi compléter un parcours dominé par l’émotion et le plaisir.

Cinéma, jeunesse et mémoire vivante

La présence d’un public intergénérationnel à l’ouverture de Viva Cinéma n’a pas échappé aux étudiants. Une question qui touche Thierry Jousse, lui qui anime régulièrement des ciné-clubs et observe l’émergence d’une nouvelle génération de cinéphiles.

« Les films sont des organismes vivants. Ce ne sont pas des vieilles choses qu’on jette après usage. On peut continuer à vivre avec eux pendant des décennies. »

Un propos qui résonne particulièrement dans le cadre de Viva Cinéma, festival dédié au cinéma restauré, et dans cette interview menée par des étudiants appelés, eux aussi, à faire vivre cette mémoire.

Le cinéma de demain : une flamme qui résiste

Invité à partager sa vision du cinéma de demain, Thierry Jousse refuse toute prophétie alarmiste. Malgré des conditions de production parfois fragiles, malgré les plateformes ou l’arrivée de l’intelligence artificielle, il perçoit une vitalité persistante.

« Le cinéma a déjà traversé énormément de crises. Je ne le vois pas en train de s’éteindre. »

Pour lui, la salle reste un lieu essentiel, et l’existence de films ambitieux comme ceux de Paul Thomas Anderson prouve que le cinéma continue de se réinventer. Quant à l’IA, elle lui semble poser des questions plus larges que strictement cinématographiques, rappelant que la création se nourrit aussi de contraintes et de limites.

Passer le relais

Cette rencontre entre Thierry Jousse et les étudiants en Arts du spectacle incarne pleinement l’esprit de Viva Cinéma : un festival où la mémoire circule, se transmet et se réinvente, y compris à travers la parole de celles et ceux qui feront le cinéma de demain.

Pour la Radio du Cinéma, passer le micro aux étudiants, c’est affirmer que la cinéphilie n’est pas figée, mais en perpétuel mouvement — exactement comme les films qu’elle célèbre.