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Martin Jauvat et "Baise-en-ville" : ce titre cache une comédie sociale sur la masculinité et les Noctiliens

22 janvier 2026
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Le cinéaste et comédien Martin Jauvat raconte à Manuel Houssais comment Baise-en-ville est né d’un moment de vie très concret : revenir chez ses parents, galérer avec le permis, courir après un boulot, et apprendre à parler “vrai”. Une comédie nourrie par l’observation du quotidien, avec un titre qui annonce la couleur… puis déjoue les réflexes.

La promesse de Martin Jauvat tient en une phrase : « c’est quelque chose d’assez instinctif pour moi la comédie ». Instinct, oui, mais pas improvisation. Dans l’entretien, il détaille un travail d’équilibriste : faire rire, sans étouffer ce que la situation raconte de notre époque, de ses paradoxes et de ses petits pièges.

Un film écrit “quand il était en train de le vivre”

Le point de départ a des airs de carnet de bord. Martin Jauvat explique qu’il écrit l’histoire au moment où il la traverse, ou juste après, le temps de trouver « ce qu’il peut y avoir de rigolo ». Il évoque son retour au pavillon familial à Chelles (Seine-et-Marne), à vingt-trois, vingt-quatre ans, après une déception amoureuse et des galères d’études et de travail. Le film transforme ce moment suspendu en moteur narratif : une “to do list” d’adulte (permis, boulot, amour, indépendance) dont aucune case ne se coche facilement.

Et Martin Jauvat résume sa bascule avec un humour très franc :

« On m’a dit que ça allait faire un super film et on m’a donné plein d’argent pour le faire, alors je l’ai fait. »

Le titre, provocant… et “anti programmatique”

Baise-en-ville, c’est un intitulé qui peut faire sursauter. Justement : Martin Jauvat insiste sur le contrepied. Pour lui, c’est « un titre anti programmatique », un titre qui mène le spectateur sur une fausse piste.

Dans l’interview, il rappelle que l’expression existait avant lui, et qu’elle charrie une vision datée de la séduction : un imaginaire masculin très démonstratif, parfois même teinté de prédation. Lui s’intéresse à une masculinité qui ne coche pas ces cases-là, et à un rapport aux rencontres sentimentales qui refuse les automatismes.

Autre couche, très matérielle : le “baise-en-ville” désigne aussi un objet (un sac), et le film s’amuse de ce que cet accessoire raconte des déplacements, de l’éloignement, et des retours impossibles quand les derniers trains sont passés.

La beauté des Noctiliens et des banlieues désertes

Il y a, dans l’entretien, une tendresse inattendue pour ce que beaucoup classent dans la catégorie “temps perdu”. Les arrêts de bus au milieu de nulle part, les lignes annulées, les correspondances ratées : Martin Jauvat dit avoir vécu tout ça longtemps, et vouloir “racheter” ces heures volées par le quotidien.

« Je trouve ça très poétique, moi, les banlieues désertes, la nuit. »

Dans Baise-en-ville, cette poésie devient décor, rythme et matière de cinéma. Et c’est aussi une manière de filmer une grande banlieue rarement montrée ainsi, en mode terrain d’aventure nocturne plutôt que simple arrière-plan.

Allô Nettoyo : quand l’absurde devient un service

Parmi les idées les plus savoureuses racontées au micro : l’invention d’une start-up de nettoyage de soirées à domicile, Allô Nettoyo. Le personnage travaille la nuit chez des gens riches, au milieu de fêtes qui battent leur plein. Situation cocasse garantie, mais Martin Jauvat précise l’intention : illustrer une époque où tout peut se “serviciser”, se marchandiser, se rendre “applicable”.

« C’est pas non plus une critique sociale hyper plombante, mais derrière les blagues et la fantaisie, c’est vrai que j’essaie de raconter quelque chose à la société qui est un poil malade. »

Sa méthode : écrire large, puis resserrer. Il explique avoir retiré des blagues au montage, par souci de dosage : trop d’effets, et l’effet se fatigue.

Une mise en scène physique, pensée comme un gag… et comme un plan

Martin Jauvat se met lui-même en jeu à l’écran, et il raconte un tournage qui lui a demandé une vraie préparation : cascades au harnais, séquences d’action, chorégraphies de combat. Il revendique une envie de plans qui durent, avec une lisibilité du mouvement.

Ses références, il les assume comme des boussoles d’énergie :

« Je pensais beaucoup à Jackie Chan, à Tom Cruise. »

Et il glisse un clin d’œil à Pierre Richard, “athlète” de la maladresse, ce corps comique capable de courir, chuter, rebondir, sans tricher sur l’effort.

Acteur-réalisateur : la précision avant le “action !”

Porter la double casquette, Martin Jauvat connaît. Il décrit une méthode très préparée : storyboard, répétitions avec le chef opérateur, cadre verrouillé, puis confiance au plateau. 

« C’est pas un rôle de composition donc c’est assez fluide. »

Références : Wes Anderson, Bong Joon-ho, et la BD comme grammaire

Quand on lui parle d’esthétique, Martin Jauvat se dit surpris qu’on la juge “particulière”. Lui visait quelque chose de doux, très coloré, très composé, presque “case de BD”. Ses inspirations citent des cinéastes (Wes Anderson, Paul Thomas Anderson, Bong Joon-ho), mais aussi une culture BD jeunesse (Tintin, Spirou) et l’animation (Pixar) : une manière de penser le cadre, la couleur, le rythme du gag visuel.

Un franc-parler sur la comédie “à la française”

Moment de vérité dans l’interview : Martin Jauvat parle sans détour de son rapport au cinéma français, qu’il dit regarder assez peu, et il revendique son besoin de mise en scène en comédie. Il cite des réalisateurs qu’il apprécie (Benoît Forgeard, Antonin Peretjatko), et pointe ce qui l’ennuie quand la réalisation se contente d’un confort télévisuel.

« Moi j’aime pas le cinéma français en général. C’est vrai que ça me fait quand même chier. »

À La Radio du Cinéma, on retient surtout une boussole : raconter par la forme. Dans son récit, la comédie n’est pas “juste une bonne blague” : c’est du cadre, du rythme, un monde cohérent, et des corps qui jouent.

Emmanuelle Bercot et Michel Hazanavicius : un casting de rencontres

Martin Jauvat revient aussi sur la distribution. Il raconte avoir proposé un rôle de père à Michel Hazanavicius, qu’il connaissait depuis l’écriture, après que le cinéaste a apprécié Grand Paris. Et il évoque l’arrivée de Emmanuelle Bercot comme une évidence, nourrie par une suggestion de son amie et partenaire de jeu Anaïde Rozam . Ce qui l’a convaincu : l’énergie, la confiance, et la construction du personnage à deux, jusqu’à trouver “le bon ton”.

Ce que le film veut transmettre : dire ce qu’on ressent, sans agressivité

Martin Jauvat ne parle pas de “grand message”, mais d’un sentiment à faire circuler : le soulagement qu’on éprouve quand on exprime enfin ce qu’on a sur le cœur. Il insiste sur la difficulté, particulièrement chez les garçons, à verbaliser sans animosité. Dans sa bouche, la comédie devient un espace sûr pour approcher ça : on rit, puis on se reconnaît, parfois au moment où le personnage trouve les mots.

    Infos pratiques : date de sortie, durée, sélections

    Martin Jauvat, Baise-en-ville, Chelles, Seine-et-Marne, transports nocturnes, permis de conduire, Emmanuelle Bercot, Michel Hazanavicius, Semaine de la Critique, Fondation Gan.