23 janvier 2026
Franck Loiret : « Une cinémathèque, c’est la mémoire du cinéma… mais une mémoire vivante »
À l’occasion du festival Viva Cinéma à Valence, La Radio du Cinéma – avec Patrice Caillet, accompagné de Flavie Daronnat et Alexandre Mirabel – a rencontré Franck Loiret, directeur de la Cinémathèque de Toulouse. Une discussion passionnante autour de la conservation du patrimoine cinématographique, de la transmission au public et de la présentation d’un chef-d’œuvre du cinéma fantastique : Le Chat Noir d’Edgar G. Ulmer.
Une cinémathèque : conserver et transmettre
Qu’est-ce qu’une cinémathèque aujourd’hui ? Pour Franck Loiret, la réponse est claire :
« Une cinémathèque a deux missions indissociables : la conservation du patrimoine cinématographique et sa diffusion. »
Ni simple salle de cinéma, ni simple centre d’archives, la Cinémathèque est un lieu hybride où se croisent projections, expositions, festivals, bibliothèque spécialisée et collections exceptionnelles. À Toulouse, la deuxième cinémathèque de France conserve notamment 100 000 affiches, 60 000 copies de films, près de 500 000 photographies, mais aussi des appareils, costumes et documents rares retraçant toute l’histoire du cinéma.
Conserver le cinéma, un défi permanent
Conserver un film ne se limite pas à stocker des bobines. Pellicules, affiches, photos, documents papier : chaque objet nécessite des conditions spécifiques de conservation. Température, hygrométrie, espace de stockage… les contraintes sont nombreuses.
L’un des enjeux majeurs reste l’urgence de sauver les films encore mal conservés, parfois oubliés dans des caves ou des greniers.
« Si les films ne sont pas en bon état, on ne peut rien faire. La conservation est la base de tout. »
Le numérique, lui, apparaît comme une chance essentielle pour la diffusion, même s’il ne remplace pas la pellicule pour la conservation à long terme.
Le Chat Noir, un choc toujours actuel
Présenté à Viva Cinéma, Le Chat Noir (1934) est pour Franck Loiret le film signature d’Edgar G. Ulmer. Premier long métrage hollywoodien du réalisateur pour la Universal, le film réunit deux monstres sacrés du cinéma fantastique et explore des thèmes d’une audace étonnante pour l’époque : mort, vengeance, satanisme, nécrophilie, sexualité ambiguë…
« C’est un véritable coup de génie. Un film d’une modernité saisissante, aussi bien dans ses thèmes que dans son langage cinématographique. »
Influencé par l’expressionnisme allemand, le film impressionne encore aujourd’hui par sa photographie, son montage et sa mise en scène. Une œuvre capable de surprendre toutes les générations.
Le cinéma comme expérience collective
Au-delà des salles, la Cinémathèque de Toulouse développe depuis plus de vingt ans un cinéma en plein air, véritable rendez-vous populaire de l’été, réunissant jusqu’à 20 000 spectateurs chaque saison. Une programmation accessible, pensée comme une porte d’entrée vers le cinéma de patrimoine.
La Cinémathèque est aussi à l’origine de nombreux festivals :
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Synchro, consacré aux ciné-concerts
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Extrême Cinéma Festival, dédié au cinéma de genre
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sans oublier l’accueil de festivals comme Cinélatino ou Cinespaña
« La cinémathèque n’est pas un temple réservé aux initiés. Elle est faite pour tout le monde. »
Transmettre la mémoire du cinéma
Préserver le cinéma, c’est préserver une part de la mémoire de l’humanité. Un travail de longue haleine, mené par des équipes aux parcours variés : documentalistes, archivistes, techniciens, passionnés formés sur le terrain.
« On essaie aussi de raconter une autre histoire du cinéma, de mettre en lumière des films restés dans l’ombre. »
Un engagement qui prend tout son sens dans des festivals comme Viva Cinéma, où le patrimoine dialogue avec le public d’aujourd’hui.
????️ Une rencontre essentielle, à l’image de la mission que défend Franck Loiret : faire vivre le cinéma, hier, aujourd’hui et demain.