Il y a des sorties de séance où les mots arrivent encore humides d’émotion. Pour Eden, Jules et Anakhin, In Waves fait partie de ces films qui restent quelques minutes dans la gorge avant de se déposer dans la conversation. Le récit suit AJ, lycéen discret de Los Angeles, passionné de skateboard et de dessin. Sa trajectoire change lorsqu’il rencontre Kristen, surfeuse solaire, dont il tombe amoureux.
Le film avance d’abord avec l’élan des premières fois : les regards, les amis, les gestes maladroits, la découverte d’un monde que l’on n’osait pas approcher. Puis la maladie de Kristen vient modifier la ligne d’horizon. Sans nommer ce qui n’est pas précisé dans la transcription, l’échange radio parle d’un cancer. Les supports officiels évoquent plus largement une maladie soudaine qui bouleverse leur avenir.
Un amour adolescent raconté avec pudeur
Ce qui frappe les chroniqueurs, c’est la place laissée à l’attachement. Anakhin résume le cœur battant du film avec une grande simplicité : malgré son cancer, il va rester attaché à elle tout le long du film
. AJ n’est pas présenté comme un héros qui résout tout. Il accompagne, il apprend, il cherche ce qui peut encore rendre la vie plus douce.
Cette nuance donne au film une couleur particulière. In Waves parle d’amour, mais aussi de présence. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un couple confronté à l’adversité ; c’est le portrait de deux jeunes êtres qui grandissent plus vite que prévu. Anakhin le dit avec justesse : ils évoluent tous les deux dans la maladie, et c’est cette évolution qui est touchante
.
Le public adolescent et jeune adulte peut y retrouver une matière familière : la peur de perdre, le besoin d’être utile, la difficulté à trouver la bonne phrase quand la vie déborde. Les adultes, eux, peuvent y lire une méditation délicate sur la mémoire. Le film n’impose pas une leçon. Il tend plutôt une planche, comme dans ces récits où le mouvement permet de ne pas rester figé.
Le surf comme boussole émotionnelle
Eden insiste sur la métaphore des vagues : ce qu’il faut faire, c’est surfer dessus et pas juste se les prendre de front
. Dans In Waves, l’océan n’est donc pas un simple motif graphique. Il devient une école du mouvement, un espace où le corps apprend ce que les mots ne savent pas toujours dire.
Jules poursuit cette idée en notant que c’est par le surf qu’ils vont réussir à sortir de cette tristesse
. Le verbe est important : il ne s’agit pas d’effacer le chagrin, ni de le rendre spectaculaire. Le surf ouvre un passage vers l’acceptation. La vague arrive, repart, revient. Elle oblige à regarder le monde autrement, avec plus d’humilité, plus d’écoute.
La force du film tient aussi à ce lien avec le skateboard. AJ vient de la rue, du bitume, de la planche qui claque sous les pieds. Kristen vient de l’eau, de l’attente, du tempo de l’océan. Leurs passions se répondent par le mouvement, l’équilibre, la chute et la reprise. Pour un public cinéphile, cela rappelle combien le cinéma d’animation sait parfois donner une forme visible à l’élan intérieur.
Une adaptation qui garde la promesse du dessin
In Waves est adapté du roman graphique du même nom signé AJ Dungo. L’ouvrage, publié par Flying Eye Books, raconte une histoire intime, nourrie par la mémoire de Kristen et par l’histoire du surf. Dans l’analyse de La Radio du Cinéma, Jules rappelle que Kristen demande à AJ de raconter son histoire à travers son art. Ce geste devient une clé de lecture majeure : le dessin sert à garder une trace, à donner un contour à ce qui menace de disparaître.
Cette dimension autobiographique rend l’adaptation particulièrement sensible. Le film ne se contente pas de transposer une intrigue. Il cherche une manière de faire respirer le souvenir. La réalisatrice Phuong Mai Nguyen a d’ailleurs expliqué à la Semaine de la Critique que le récit d’AJ Dungo l’avait aidée à mettre des mots sur des émotions liées au deuil. Cette source intime irrigue l’image, le rythme et la retenue du film.
Une image 3D qui garde le frisson du trait
Visuellement, les chroniqueurs ont été saisis par la fabrication. Anakhin formule la question que beaucoup de spectateurs peuvent se poser : Est-ce que c’est de la 2D ? Est-ce que c’est de la 3D ?
Le film utilise bien une approche hybride, avec une animation 2D/3D confirmée par Silex Films.
Eden souligne des décors très picturaux, comme si le concept art avait conservé sa vibration première. Le résultat donne une sensation de carnet vivant : les couleurs gardent la chaleur californienne, les transitions glissent d’une émotion à une autre, les corps semblent portés par une matière souple. On en prend plein les yeux
, résume Eden.
Jules note aussi la qualité des transitions, essentielles dans un film où la mémoire, le quotidien et l’imaginaire dialoguent sans cesse. Le rire trouve sa place, ce qui compte beaucoup dans un récit sur le deuil. Selon les chroniqueurs, la salle a ri, puis pleuré. Cette respiration évite au film de s’enfermer dans la gravité. Elle rappelle qu’un souvenir heureux peut parfois arriver au milieu des larmes, comme une chanson que l’on n’attendait plus.
Infos pratiques
In Waves, film d’animation de Phuong Mai Nguyen, sort au cinéma en France le 1er juillet 2026. Durée : 1h31. Distribution : Diaphana. Production déléguée : Silex Films. Adaptation : AJ Dungo. Voix françaises : Lyna Khoudri, Rio Vega, Paul Kircher et Birane Ba. Le film a été présenté en ouverture de la Semaine de la Critique 2026. Teaser
Pour prolonger l’expérience, écoutez l’analyse d’Eden, Jules et Anakhin sur La Radio du Cinéma, une discussion à chaud sur les images, les vagues, les silences et tout ce que le film laisse remonter après la séance.