Distributrice, éditrice, passeuse de copies restaurées et d’auteurs trop vite rangés au grenier, Anne-Laure Brénéol défend une idée simple : redonner de la visibilité à des films qu’on ne trouvait plus, ou qu’on n’avait parfois jamais vus en France. Au festival Viva Cinéma 2026, elle l’a formulé avec une phrase qui résume tout le programme de Malavida : « C'est très important d'avoir un regard sur le monde qui vienne de l'ensemble du monde et aussi de l'ensemble des temps. »
Le métier d’Anne-Laure Brénéol, c’est faire voyager des œuvres, des copies, des droits, des sous-titres, puis des spectateurs. Elle codirige Malavida Films, société française d’édition et de distribution.
Un parcours qui commence très tôt, caméra en main
Anne-Laure Brénéol étudie le cinéma dès le lycée, puis à l’université à la Sorbonne, tout en réalisant et produisant plusieurs films : le court métrage La Ballade d’un condamné (1993, avec Rufus), des documentaires comme La Madone et les Gitans (1996) et École qui roule (1998), puis le long métrage En Plein Caubère (2005). (Institut Lumière)
Le Festival Lumière, qui lui décerne le Prix Fabienne-Vonier, rappelle son travail documentaire sur les gens du voyage, avant la sortie en salle d’En Plein Caubère en 2005.
Malavida Films, ou l’art de rendre le cinéma à nouveau visible
Anne-Laure Brénéol cofonde Malavida (chanson du groupe Mano Negra) en 2004 avec Lionel Ithurralde, après plusieurs expériences dans la distribution. L’ADN de Malavida tient dans une formule : ressortir des films aimés, devenus difficiles à voir, et remettre en lumière des cinéastes que l’histoire officielle a parfois laissés sur le bas-côté. Jiří Menzel, Věra Chytilová, Wojciech Jerzy Has, Bo Widerberg, avec des collections d’Europe centrale et du Nord constamment enrichies.
« Vis ma vie de distributeur » : les coulisses, la sueur et les sous-titres
Anne-Laure Brénéol : « Il faudrait faire un truc sur Vis ma vie de distributeur »
Derrière l’humour, il y a un mode d’emploi très concret de la distribution de répertoire : créer des sous-titres, restaurer, reconstituer des chaînes de droits, obtenir des visas CNC, convaincre des ayants droit qui ne lisent pas toujours le marché français de la même façon.
Anne-Laure Brénéol : « sous titrer, restaurer, c'est un travail énorme, »
Le CNC, “moteur” discret de la diversité en salles
Quand la conversation arrive sur la mécanique française qui rend possible cette diversité en salles, Anne-Laure Brénéol cite explicitement le CNC, sans jargon, avec une conviction de terrain :
Anne-Laure Brénéol : « le CNC est une Merveille culturelle française qu'il faut absolument défendre »
Le Festival Viva Cinéma, consacré au patrimoine restauré, revendique justement ce geste : faire exister des œuvres au présent, par la restauration et la (re)découverte en salle.
Viva Cinéma 2026 : un rendez-vous patrimonial, et deux séances Malavida
Catherine Rossi-Batôt directrice de LUX, scène nationale à Valence a programmé deux projections distribuées par Malavida dans le cadre de Viva Cinéma 2026 : Wives (Norvège, 1975, 1h24) et Un Jeu sérieux (Norvège, 1977, 1h40).
La ressortie “version restaurée” de Wives est indiquée “au cinéma le 1er avril 2026”, et celle d’Un Jeu sérieux “le 6 mai 2026”. (ADRC)
Pourquoi cette redécouverte compte encore en 2026
Dans l’interview, Anne-Laure Brénéol parle d’un public qui ne veut pas se limiter à un seul horizon, et qui demande des propositions venues d’autres pays et d’autres époques. Ce n’est pas une posture : c’est une pratique de programmation, de distribution, et de transmission.
Son exemple dans l’échange : le travail déjà mené autour de Bo Widerberg, cinéaste suédois, ressorti en salles et remis en circulation par Malavida au fil d’un chantier au long cours.
Une précision importante sur l’IDHEC et la “première femme”
Dans l’interview, Anne-Laure Brénéol rappelle qu’Anja Breien a dû passer un examen “inventé pour elle” afin d’accéder à l’enseignement de la réalisation, et qu’elle aurait été la première femme à entrer dans cette formation. Anja Breien a intégré l’IDHEC à Paris au début des années 1960, et situent ce passage dans sa trajectoire. (Fema La Rochelle) (Festival Lumière)
L'IDHEC a été intégré à La Fémis en 1988.
Infos pratiques
Viva Cinéma (12e édition) : du 20 au 27 janvier 2026, à Valence (LUX Scène nationale). (LUX Valence) (CNC, 11 décembre 2025)
Ressorties indiquées (version restaurée, distributeur Malavida) : Wives (1er avril 2026) et Un Jeu sérieux (6 mai 2026). (ADRC)
Envie d’aller plus loin ? Des fiches utiles pour se repérer existent déjà, notamment sur IMDb (Hustruer / Wives) et sur les pages de festivals qui contextualisent l’œuvre et ses suites (1985 et 1996). (Fema La Rochelle, texte 2003)
Et puisque cette histoire se termine comme un générique qui ouvre sur d’autres séances : Viva Cinéma 2026 marque aussi le retour en pleine lumière d’Anja Breien, cinéaste norvégienne née en 1940, passée par l’IDHEC, dont Wives (1975, 1h24) a souvent été présenté comme un écho féminin à Husbands de John Cassavetes.
Sources (consultées et/ou citées) :
- Institut Lumière : notice “Anne-Laure Brénéol”
- Malavida Films (site officiel) et page contact
- Festival Lumière : Prix Fabienne-Vonier (publication datée)
- Le Film Français, 18 octobre 2023 (Prix Fabienne-Vonier)
- ADRC : programme Viva Cinéma 2026 (mentions des ressorties)
- LUX Valence : page Viva Cinéma
- CNC, 11 décembre 2025 : annonce Viva Cinéma
- Fema La Rochelle : fiche cinéaste Anja Breien et fiche film Wives
- Institut Lumière : “Permanent history of women filmmakers” (Anja Breien)
- Courrier d’Europe centrale, 1er décembre 2019 (portrait de Malavida)
- IMDb : Hustruer (Wives)
PHOTO : Catherine Rossi-Batôt directrice de LUX scène nationale à Valence et Anne-Laure Brénéol Malavida Films,
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