Mémoire de fille est un film dont on ne ressort pas indemne, particulièrement en tant que femme. À travers ce récit intime, Judith Godrèche interroge la condition féminine dans la France des années 1950, les rapports de domination et la manière dont le regard des autres façonne une vie.
Le film est directement adapté du livre autobiographique éponyme de Annie Ernaux. L’autrice y revient sur son enfance dans une famille modeste de Normandie et surtout sur cet été 1958 où, engagée comme monitrice dans une colonie de vacances, elle vit une expérience qui la marquera toute sa vie.
Au cœur du récit, il y a cette première relation profondément déséquilibrée : Annie tombe amoureuse de H., le responsable des moniteurs, fiancé, pour qui elle n’est finalement qu’un objet de désir. Sa virginité devient alors un enjeu, un marqueur social et intime qui exacerbe encore davantage le rapport de pouvoir. En quête d’amour et de reconnaissance, la jeune fille multiplie ensuite les relations avec d’autres animateurs, jusqu’à être réduite au rôle humiliant de “la putain” par le groupe.
Côté mise en scène, Annie Ernaux utilise une langue simple, sans romantiser les événements. Judith Godrèche semble traduire cela à l’écran avec des dialogues simples, des scènes réalistes et souvent inconfortables. Soulignons au passage la très belle prestation de Tess Barthelemy dans la peau d'Annie.
Les thèmes de l’emprise, du consentement et de la mémoire des femmes résonnent fortement avec les débats actuels et les engagements publics de Judith Godrèche.
En outre, cette thématique contemporaine n'est pas sans rappeler le film de Geraldine Nakache "si tu penses bien" présenté également cette année à Cannes...
