Les faits, d’abord. Le 7 janvier 2026, WBD publie une recommandation claire : les actionnaires sont invités à rejeter l’offre de Paramount Skydance (souvent abrégée « PSKY » dans les documents) et à soutenir l’accord déjà signé avec Netflix. Le président du conseil, Samuel A. Di Piazza, Jr, résume la ligne de défense dans un communiqué : « Paramount’s latest offer remains inferior… » et surtout plus incertaine, car largement fondée sur un financement par emprunt. Pour les curieux de “making-of” financier, WBD renvoie au dépôt officiel : Schedule 14D-9/A sur le site de la SEC.
Ce qui retient l’attention, c’est la mécanique des montants, très concrète. WBD affirme qu’abandonner l’accord Netflix déclencherait un coût total d’environ 4,7 milliards de dollars (dont 2,8 milliards de frais de rupture, 1,5 milliard liés à une opération de dette, et environ 350 millions de charges d’intérêt additionnelles), soit 1,79 dollar par action, selon la lettre adressée aux actionnaires et reprise dans le communiqué et les filings.
Pourquoi WBD dit non à Paramount Skydance
Dans son argumentaire, le conseil de WBD insiste sur trois axes : la valeur nette pour l’actionnaire, la probabilité réelle de clôturer l’opération, et les dégâts potentiels sur l’entreprise si la transaction traîne ou échoue. Sur le papier, une offre peut sembler plus haute. Dans la vraie vie, une offre est jugée sur ses conditions, ses risques, ses pénalités et sa capacité à passer la ligne d’arrivée.
WBD décrit l’offre Paramount Skydance comme un montage de type leveraged buyout (rachat par endettement) et martèle un point : une acquisition financée par une masse de dette expose à des renégociations, des clauses de sortie et des incertitudes sur la disponibilité des fonds au moment du closing. Autrement dit, le scénario où “tout se fait” n’est pas le seul scénario possible.
Autre élément mis en avant : la période entre signature et clôture. WBD explique que certaines restrictions opérationnelles proposées dans l’offre PSKY pourraient limiter la capacité du groupe à gérer ses contrats, ses accords d’affiliation et ses initiatives de réorganisation. Dans un secteur où les fenêtres de diffusion se ferment vite, où les calendriers de production changent, où les droits sportifs et les grilles d’info se négocient à coups de millions, immobiliser une major pendant douze à dix-huit mois n’a rien d’un détail.
Ce que l’accord Netflix promet aux actionnaires
WBD oppose une promesse jugée plus “certaine” : dans l’accord Netflix annoncé le 5 décembre 2025, les actionnaires WBD recevraient 23,25 dollars en cash, plus des actions Netflix visant une valeur cible de 4,50 dollars (avec un mécanisme de “collar” lié au prix de l’action Netflix au moment de la finalisation), selon les termes communiqués publiquement par WBD et Netflix. En complément, WBD met en avant la création (ou la séparation) d’un ensemble baptisé Discovery Global, présenté comme un actif distinct où les actionnaires conserveraient une participation.
D’un point de vue “Hollywood”, ce type de montage raconte un double film. D’un côté, Netflix renforcerait son poids côté studios et streaming. De l’autre, des activités plus traditionnelles, notamment news et sports, resteraient structurées à part, avec une latitude propre. Dans la communication de WBD, c’est une manière d’expliquer que tout n’est pas fondu dans le même moule, et que l’histoire ne se résume pas à “Netflix rachète tout”.
Pourquoi cette bataille intéresse le public cinéma
On ne va pas faire semblant : ces pages de finance ne sentent pas la pellicule, ni la colle à maquillage, ni la poussière d’un plateau. Et pourtant, le résultat peut se lire comme un générique qui déciderait du casting à l’écran. Dans un marché où la taille compte, la consolidation change la manière de financer des films, de choisir des fenêtres de sortie, de négocier les talents, d’exploiter les franchises et de remettre en avant des catalogues.
Pour les cinéphiles, l’enjeu n’est pas de “supporter” un camp. L’enjeu est de comprendre ce qui peut bouger dans les années qui viennent : priorités de production, circulation des œuvres, stratégie autour des salles, et place des labels (prestige, auteur, animation, cinéma de genre). En clair : qui tient le volant influence le trajet, même si le public n’est pas à l’avant du car.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
À court terme, deux repères dominent : le calendrier de l’offre hostile et les documents déposés auprès des autorités de marché. Plusieurs médias américains rapportent une date limite autour du 21 janvier 2026 pour que les actionnaires décident de tendre ou non leurs actions dans le cadre de l’offre PSKY, tandis que la voie Netflix suit son propre parcours réglementaire. Les prochains épisodes se joueront dans les filings, les réponses officielles et, forcément, dans la perception du risque : la dette, les clauses de rupture et la probabilité d’obtenir les autorisations nécessaires.
À lire pour vérifier les faits
- Communiqué WBD : recommandation de rejet de l’offre amendée
- Annonce Netflix : Netflix to acquire Warner Bros
- Dépôt SEC (WBD) : Schedule 14D-9/A
- Presse (transaction) : Reuters (7 janvier 2026)
- Presse (industrie) : Screen Daily
Dans “Chinatown”, on répète : « Forget it, Jake… » — ici, on pourrait presque entendre : « Forget it, shareholder… ». Sauf que cette fois, tout se décide noir sur blanc, à coups de pourcentages, de frais de rupture et de dette. WBD a fait son choix officiel : Netflix plutôt que Paramount Skydance. Reste à voir si l’histoire suivra le script ou si un nouveau twist viendra, comme une dernière note qui change la tonalité du morceau.