CANNES 2021 - Les critiques

 Clara Sola

Se libérer de l’emprise. Clara vit dans une maison reculée du Costa Rica. Elle n’a pas la vie normale que peut avoir sa sœur, est associable, ne parle pas beaucoup, ne peut pas se balader hors des terres du domaine. Car Clara, ayant vu la Vierge dans son enfance, est dotée de dons exploités par sa famille pour bénir les gens du village, les soigner.
Son enfermement ne se limite pas au déplacement, mais aussi à son corps dont elle ne jouit pas car le sexe ne lui est pas autorisé. Elle va malgré tout connaître un éveil, sexuel et spirituel, dans la découverte de l’autre, et de soi…

Grand hymme à la liberté, le métrage donne une grande leçon : il n’a pas de mal pire que l’infidélité
envers soi. Magistralement interprétée par Wendy Chinchilla, Clara change de visage au gré de
l’accomplissement, jusqu’à connaître un destin grandiose.

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 Benedetta - 11-07-2021

Allier Église et sexualité, le scandale. A fortiori le saphisme, condamné. Tiré de faits réels (appuyé par un carton en début de film), ce dernier film risque à Verhoeven l’excommunion.

On suit l’éveil du corps de Sœur Benedetta, nonne d'un couvent en Toscane, sujette à des visions du Christ, qui va sauver une jeune paysanne de la violence de son quotidien. Mais le charnel va prendre le pas sur la charité…

Entre scènes érotiques et flagellations, le métrage pose surtout la question sur la définition de l’Amour et de la Foi, testant notre position tout du long via l’intervention des clercs.
Le film, jamais vulgaire, est un plaidoyer pour la Vie, suivre son instinct, accueillir cette douce sensation de la passion. Appuyé par une bande son impeccable, à base de chœurs, et le soupçon de
modernité suffisant pour ne pas tomber dans le cliché é(vangelis)-que ; Benedetta est pour moi une réussite, avec une Charlotte Rampling au sommet, le rôle semble écrit pour elle.
Benedetta est-elle une vraie sainte ? À découvrir dans les salles obscures.

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#Val 

Qu’est-ce qui peut motiver un documentaire sur Val Kilmer ? Comme l'a annoncé Thierry Frémaux en amont de la projection, le film répond à la question que nombre de spectateurs se posaient : où est Val Kilmer ? Pourquoi ne le voit-on plus jouer ?
Après un rapide discours de Leo Scott, co-réalisateur du film accompagné de son binôme Ting-Poo et des enfants de Val Kilmer ; comme promis, voilà la réponse.
Val Kilmer a perdu sa voix, emportée par la maladie. Ce qui aurait pu le faire abandonner a finalement été un vecteur pour une jolie reconversion à découvrir.
Le documentaire nous permet de rencontrer sa famille, de suivre l’acteur au fil des échecs et des réussites, de ses premiers films amateurs étant enfant avec ses frères, à ses plus grands succès.
Une œuvre touchante, qui révèle un artiste méconnu. Celui qui était l’éternel mis de côté du haut de l’affiche, a finalement tutoyé la gloire aux côtés de grands comédiens et réalisateurs. Un grand acteur, qui partage ici son intimité, et à travers ce film révèle un être d’amour, de spiritualité, d’humour, de création et par-dessus tout, d’humanité.
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The Velvet Underground 

En tant que musicien, je ne pouvais pas faire l’impasse sur cette projection. The Velvet Underground, réalisé par Todd Haynes, retrace via un montage psychédélique la rencontre et l’ascension des membres de ce groupe mythique, notamment connu pour son chanteur iconique, Lou Reed.
A travers images stylisées, interviews et rock, ce documentaire nous en apprend plus sur le monde de l'art dans les années 60,70, notamment via un retour sur leur collaboration avec Andy Warhol. Précurseurs, la performance artistique cross-media vivait avec eux ses premières heures.
Malgré des interviews peu pertinentes, il est intéressant de s’aventurer dans ce métrage, ne serait-ce que pour découvrir (ou re-découvrir) ce son si particulier, le temps d’une œuvre visuellement… « stupéfiante ».
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"C'est en totale surprise que j'ai découvert le film d'ouverture, Annette, de Leos Carax.
Du moins dans sa forme, car je ne m'attendais pas à un métrage (autant) musical, qui pourrait autant s’apprécier au format audio qu’au cinéma. Annette s’apparente ainsi à un clip de 2h20, mais la surprise ne s’arrête pas là.
Le film s’avère être une tragédie, avec certains éléments de malaise (âmes sensibles s'abstenir, si on cherche une comédie musicale).
Dans cette œuvre à la photographie impeccable , on suit l'amour et la déconstruction du couple Henry/Ann, incarnés respectivement par Adam Driver et Marion Cotillard, et ensuite la place de leur fille Annette…
Mention très spéciale à Adam Driver , dont la prestation sera source de prix. La colère, l’amour, la folie, le rire, le désespoir… le temps d’une séance, le spectre des émotions humaines représenté. Et quand il n’excelle pas dans le jeu, il touche par le chant. Très bon rôle de support par Simon Helberg ; je n’ai pas pu m’empêcher d’esquisser un sourire à sa première note de chant, qui m’a rappelé la grande époque de « Thor & Dr Jones ».
L’essai est transformé pour cet acteur issu de sitcom, dont la carrière est à présent (je l’espère) pleine de promesses !
Un film fluide, où les scènes sont le prolongement les unes des autres, et où toute rupture de ce schéma est lourde de sens.
Un film soit prévisible, soit tellement bien construit que le spectateur est guidé et peut ainsi anticiper, ou être préparé…Un film non exempt de défauts, mais qui valse entre l’ovni et le rêve, le cauchemar et la salvation (ou pas)."
J.Deprugney_6-07-2021